Les mentions obligatoires d’un devis
Publié le 8 min de lecturePar L’équipe Kadran
Un devis n’est pas une simple estimation griffonnée : c’est un document précontractuel qui, une fois accepté, engage les deux parties. Pour jouer ce rôle, il doit contenir un socle de mentions — certaines exigées par la réglementation, notamment face à un consommateur, d’autres indispensables en pratique pour éviter tout litige.
La difficulté n’est pas la complexité de la liste, mais la régularité : c’est le devis fait vite, un soir de semaine chargée, qui part sans durée de validité ou sans détail des fournitures — et c’est celui-là qui pose problème six mois plus tard.
Voici la liste complète, mention par mention, avec les cas particuliers selon votre régime de TVA et votre métier. Pour la méthode de rédaction et de chiffrage, voyez notre guide comment faire un devis.
Pourquoi ces mentions sont-elles exigées ?
Les mentions du devis répondent à un objectif simple : que le client sache exactement à quoi il s’engage avant de signer — qui réalise la prestation, quoi précisément, pour quel prix, dans quelles conditions. Face à un particulier, cette information précontractuelle est une obligation du code de la consommation ; un devis incomplet peut être sanctionné et, surtout, se retourne contre vous en cas de litige.
Entre professionnels, le formalisme est moins encadré, mais l’intérêt est identique : le devis accepté sert de contrat. Chaque mention manquante est une zone grise que le client remplira à sa façon. Un devis complet n’est pas une contrainte administrative — c’est votre meilleure protection.
Identifier les parties : vous et votre client
Le devis commence par établir sans ambiguïté qui s’engage envers qui.
- Le mot « Devis » (ou « proposition de prix ») clairement affiché, avec un numéro unique et la date d’établissement.
- Votre identification complète : nom ou raison sociale, forme juridique le cas échéant, adresse du siège, numéro SIREN/SIRET, numéro RCS ou répertoire des métiers selon votre activité, numéro de TVA intracommunautaire si vous en avez un.
- L’identification du client : nom (ou raison sociale) et adresse. Pour des travaux, ajoutez l’adresse d’exécution si elle diffère.
- Vos coordonnées de contact : téléphone, e-mail — utile en pratique, attendu par le client.
Décrire la prestation, ligne par ligne
C’est le cœur du devis, et la mention la plus souvent bâclée. La règle : un décompte détaillé, en quantité et en prix, de chaque prestation et de chaque produit nécessaire à l’opération.
- Une ligne par prestation ou fourniture, avec sa dénomination précise — « Pose de faïence murale, 24 m² » et non « travaux salle de bain ».
- La quantité et l’unité : heures, jours, m², unités, forfait.
- Le prix unitaire hors taxes de chaque ligne.
- Le cas échéant, la distinction entre main-d’œuvre et matériaux — indispensable dans le bâtiment, où les taux de TVA peuvent différer et où le client veut comprendre ce qu’il paie.
- La date ou la durée estimée d’exécution de la prestation.
Le prix : HT, TVA, TTC et frais annexes
- La somme globale à payer HT et TTC, avec le ou les taux de TVA applicables (les taux en vigueur sont à vérifier sur impots.gouv.fr, notamment les taux réduits applicables à certains travaux).
- Les frais annexes : déplacement, livraison, location de matériel — chiffrés, pas « en sus » sans montant.
- Le caractère gratuit ou payant du devis lui-même, lorsque votre secteur l’exige.
- Les modalités de paiement : acompte demandé, échéancier éventuel, délai de règlement, moyens de paiement acceptés.
Si vous êtes en franchise en base de TVA — le cas de nombreux micro-entrepreneurs —, vos devis et factures ne mentionnent pas de TVA et portent la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Le prix affiché est alors votre prix net.
Durée de validité et conditions d’acceptation
Deux mentions ferment le document et encadrent l’engagement.
- La durée de validité de l’offre : c’est vous qui la fixez, et pendant cette période vous êtes tenu par le prix annoncé. Sans elle, un devis ancien peut vous être opposé alors que vos coûts ont changé.
- L’espace d’acceptation : la mention manuscrite attendue du client — typiquement « devis reçu avant l’exécution des travaux, bon pour accord » — suivie de la date et de la signature. Une acceptation électronique tracée est également valable.
Une fois signé, le devis a valeur de contrat : c’est ce qui le distingue fondamentalement de la facture, comme l’explique notre article sur la différence entre devis et facture.
Les mentions spécifiques selon votre activité
Selon votre métier et votre régime, des mentions s’ajoutent au socle commun.
- Artisans du bâtiment : mention de l’assurance professionnelle obligatoire (notamment la garantie décennale), avec les coordonnées de l’assureur et la couverture géographique du contrat.
- Micro-entrepreneurs en franchise de TVA : la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » évoquée plus haut. Le reste du cadre est détaillé dans notre guide de la micro-entreprise.
- Secteurs à devis réglementé (dépannage, travaux, déménagement, services à la personne, optique, certains actes de santé…) : des mentions et des conditions de remise spécifiques s’appliquent — référez-vous à la fiche de votre secteur sur service-public.fr.
- Vente hors établissement (démarchage à domicile) : des informations sur le droit de rétractation du consommateur sont exigées.
Récapitulatif — et les oublis les plus fréquents
| Rubrique | Mentions à faire figurer |
|---|---|
| Document | Mention « Devis », numéro unique, date d’établissement |
| Professionnel | Nom/raison sociale, adresse, SIREN/SIRET, RCS ou RM, n° TVA intracommunautaire le cas échéant |
| Client | Nom/raison sociale, adresse (+ adresse d’exécution des travaux si différente) |
| Prestation | Décompte détaillé : dénomination, quantité, unité, prix unitaire HT de chaque ligne ; main-d’œuvre et matériaux distingués |
| Prix | Total HT, taux et montant de TVA (ou mention de franchise), total TTC, frais annexes chiffrés |
| Exécution | Date ou durée estimée de la prestation, conditions particulières |
| Paiement | Acompte, échéancier, délai et moyens de paiement |
| Engagement | Durée de validité de l’offre, espace « bon pour accord » + date + signature |
| Selon activité | Assurance pro/décennale, mentions sectorielles, information sur la rétractation le cas échéant |
Questions fréquentes
Un devis sans signature du client a-t-il une valeur ?
Non signé, le devis reste une offre : il vous engage sur le prix pendant sa durée de validité, mais il n’engage pas le client. C’est l’acceptation — signature « bon pour accord » ou accord écrit tracé — qui le transforme en contrat.
La mention « bon pour accord » est-elle obligatoire ?
C’est l’usage le plus sûr : une mention manuscrite d’acceptation, datée et signée, lève toute ambiguïté sur le consentement du client. Une acceptation électronique clairement tracée est aussi valable ; l’essentiel est de pouvoir prouver un accord explicite et daté.
Dois-je mentionner mon assurance décennale sur le devis ?
Oui si vous exercez une activité du bâtiment soumise à l’obligation d’assurance décennale : la mention de l’assurance, les coordonnées de l’assureur et la zone de couverture doivent figurer sur vos devis et factures.
Micro-entrepreneur : quelle mention pour la TVA ?
Tant que vous bénéficiez de la franchise en base, vos devis ne font pas apparaître de TVA et portent la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Si vous dépassez le seuil en vigueur (à vérifier sur impots.gouv.fr), vous basculez dans le régime réel et facturez la TVA.
Que risque-t-on avec un devis incomplet ?
Face à un consommateur, le défaut d’information précontractuelle peut être sanctionné (amendes administratives). En pratique, le risque le plus coûteux est civil : sans description précise ni conditions écrites, chaque désaccord sur le périmètre ou le prix se règle en votre défaveur, faute de preuve.
Le devis doit-il être conservé ? Combien de temps ?
Conservez vos devis signés avec vos documents commerciaux : ce sont des contrats. En pratique, gardez-les au moins aussi longtemps que les factures qui en découlent et que la durée des garanties applicables à vos travaux — dix ans est un horizon prudent dans le bâtiment.
